Icone English English | Icone Français Français
Le Voyageur Galactique






le site du grand ordre de la serviette (GOS)

la boutique du Grand Ordre de la Serviette (GOS)

Nos autres sites :

Le site du Grand Ordre de la Serviette

Cinéma de Rien : le cinéma et la TV britannique

Sites amis :

Webmarketing42 : SEO, SEA, web analytics,...

Lou Alex Sand, conseil en image Paris

> Interview avec Sebastien Guillot , Folio SF



 INTERVIEW réalisée le 14/04/04. Sébastien Guillot était à l'époque le directeur de Folio SF, la collection poche spécialisée SF/fantastique du géant Gallimard. Lancée en septembre 2000 sur le catalogue de feu Présence du Future, institution quasi mythique, Folio SF a su trouver ses marques en jouant l’ouverture.

 Les fans français de Douglas Adams pourraient bien décider en tout cas de béatifier un jour Sébastien. Folio SF a en effet ressorti très rapidement les cinq volumes du cycle H2G2 et, en décembre 2002, il a réédité les deux romans du cycle Dirk Gently, publiés à l’origine chez Stock et indisponibles depuis dix ans !

 Et ce n’est pas tout. Cette interview est l’occasion de célébrer la parution de deux nouveaux ouvrages en relation avec Douglas : le livre posthume « Salmon of doubt » rebaptisé « Fonds de tiroir » (qui rassemble un roman inachevé, des nouvelles et des interviews), et « Pas de panique », premier ouvrage de l’écrivain de Neil Gaiman, qui raconte avec talent la naissance du Guide Galactique.




PS :
merci à Pat de Salle 101 (l'émission radio science fictionnesque) pour la photo de Monsieur Guillot.

> Folio SF, entre héritage et ouverture

Nicolas Botti : Folio SF est né début 2000 sur la base du catalogue de la plus prestigieuse collection SF française, Présence du Futur. Sous quels auspices et dans quelles conditions s'est déroulée cette naissance?

Sébastien Guillot : En dépit de son catalogue pour le moins prestigieux, Présence du futur, dans sa définition même de collection d’inédits de poche, était de moins en moins adaptée aux réalités du marché éditorial. Editer des inédits coûte cher, et les rentabiliser directement en poche devient de plus en plus difficile à mesure que les tirages moyens diminuent. D’où l’idée de poursuivre cette aventure éditoriale extraordinaire (plus de 600 titres !) sous une forme nouvelle, en créant une véritable collection de grande diffusion reposant sur la force et l’image de la marque folio ; tout en gardant une exigence éditoriale identique… Les raisons de cette transition furent donc, essentiellement, d’ordre économique.

NB : Au-delà du fonds constitué par la reprise du catalogue Présence du Futur, vous éditez de nouveaux titres. Comment s'effectue votre choix?

SG : Deux cas de figure sont à distinguer : soit les nouveaux titres sont des reprises d’ouvrages déjà publiés en France en grand format, soit il s’agit d’inédits. Dans le premier cas, je procède à un mélange plus ou moins savant entre mes goûts personnels, évidemment la prise en compte du succès du livre en grand format et la « couleur » de folio SF, liée à la filiation qu’elle entretient avec PdF. Bien entendu, en ce domaine, la concurrence est rude, et mes concurrents de Pocket, J’ai lu ou Le Livre de Poche ont également leur mot à dire… Pour les inédits proprement dits, qui ne constituent pas l’essentiel de cette collection avant tout dédiée à des reprises, je m’emploie surtout à faire vivre les auteurs et/ou œuvres que je défends par ailleurs. C’est surtout un moyen de poursuivre par d’autres moyens disons… exceptionnels, ma politique éditoriale.

NB : Vous n'hésitez pas à publier des ouvrages atypiques comme " le Festin nu " de William Burroughs qu'on peut s'étonner de voir dans une collection SF-fantastique?

SG : L’une des missions de folio SF est de servir de « pont » entre le public de la littérature générale et celui de la SF. C’était une des idées qui ont présidé à la création de cette collection. D’où un certain nombre d’ouvrages qui, à mon sens, sont susceptibles de faire comprendre à un lectorat mainstream parfois rétif que les littératures de l’imaginaire ne se résument pas à des novélisations de Star Wars, et aux lecteurs SF que certaines œuvres, qu’ils ne seraient pas forcément allés voir seuls, peuvent les intéresser. On tente de faire un peu de pédagogie des deux côtés de la barrière, sachant qu’au final, seul le lecteur décide…

NB : Quelle est la politique éditoriale de Folio SF?

SG : Il est plus difficile d’établir une véritable politique éditoriale sur une collection de grande diffusion, qui publie de nombreux titres par an, que sur une collection de grand format. Le nombre de titres édités, une quarantaine par an pour folio SF, ne permet pas une réelle « spécialisation » immédiatement reconnaissable. Ceci étant dit, la politique éditoriale de folio SF reprend celle de toute collection folio : tenter de proposer un catalogue d’œuvres passées et présentes que nous considérons importantes, voire essentielles dans un genre donné. Pour folio SF, collection ouverte à l’imaginaire dans son sans le plus large, on peut distinguer quelques axes importants :

- Une forte proportion d’œuvres classiques, dans des éditions généralement revues et corrigées, pour une bonne part issues du prestigieux catalogue PdF – et désormais de la collection Lunes d’encre – qui ne manque pas de chefs d’œuvre. Dans la foulée j’ai entamé une politique plus globale de reprise d’ouvrage de SF et de fantasy considérés comme majeurs, mais épuisés dans d’autres collections. Ainsi, nous avons récemment repris, dans une édition remaniée, le cycle des Seigneurs de l’Instrumentalité de Cordwainer Smith.

- Un travail de fond sur quelques jeunes auteurs contemporains, français ou anglo-saxons, que nous considérons comme faisant potentiellement partie des futurs classiques du genre. Mais le rôle de folio SF n’étant pas, globalement, de découvrir et/ou de lancer de nouveaux auteurs, il s’agit surtout pour moi de procéder à une sélection parmi les ouvrages publiés en grand format.

- Une part non négligeable de ces ouvrages que vous qualifiez d’atypiques, qui donnent à cette collection sa couleur particulière et permettent de la différencier ; c’est souvent dans cette catégorie qu’il faut chercher ma… « patte » personnelle.

NB : Quels sont vos les titres et les auteurs qui se vendent le mieux?

SG : La meilleure vente de folio SF est de loin Fahrenheit 451 de Ray Bradbury – prescription scolaire oblige. Ensuite viennent Isaac Asimov avec le cycle de Fondation, L’échiquier du mal de Dan Simmons, puis des auteurs comme Roger Zelazny (Les Princes d’Ambre), Philip K. Dick, Douglas Adams bien sûr, Orson Scott Card avec les Chroniques d’Alvin le Faiseur ou Maurice Dantec.

NB : Quel est le tirage moyen d'un livre de SF-fantastique dans votre collection?

SG : Le premier tirage d’un folio SF se situe entre 8 000 et 12 000 exemplaires.

NB : Quelles sont vos ambitions pour l’avenir de Folio SF?

SG : Très grandes ! plus sérieusement, nous souhaitons poursuivre cette politique éditoriale, qui n’a pas si mal réussi à folio SF et qui, je le répète, lui donne sa spécificité. La réédition des grands classiques de l’imaginaire (PdF ou autres) n’a cependant qu’un temps, et à terme nous devrons sans doute revoir en partie notre politique. L’une de mes priorités actuelles est par exemple d’assurer dans les années à venir la reprise en folio SF de bons ouvrages de fantasy ; un domaine appelé à se développer de manière très importante dans les années à venir, sous l’effet combiné d’Harry Potter et du Seigneur des Anneaux…


> La Science Fiction en France

NB : En tant que journaliste, j'ai pu constater plusieurs fois que la littérature SF n'était pas considérée comme un sujet très vendeur par les rédactions. Etes-vous plutôt satisfait ou frustré par le suivi et le compte-rendu de vos publications par la presse française?

SG : La presse spécialisée fait son boulot, plutôt bien à mon sens, et l’on constate avec plaisir, depuis quelques mois, une ouverture de la presse généraliste aux littératures de l’imaginaire : une place importante leur est accordée dans le Journal du dimanche par exemple ou, plus étonnant encore dans Télérama. Très sincèrement je n’aurais jamais imaginé voir un jour une rubrique consacrée à la SF dans Télérama…

NB : Dans le cadre d'un programme télévisé intitulé "the big read", la BBC a consulté les Anglais sur leurs ouvrages favoris. Parmi les 200 livres retenus, on est impressionné par le nombre de titres de SF et de fantastique ("Dune", "1984", "Le Seigneur des Anneaux", "Le Meilleur des Mondes",...). Sur les cinq premiers, quatre appartiennent à ce genre. Pensez-vous qu'une même opération menée en France donnerait autant de place aux livres de l'imaginaire?

SG : De toute évidence non. Une consultation similaire a été réalisée par la Fnac il y a deux ou trois ans, et le résultat était… beaucoup plus classique. Raisons culturelles? sans doute, en bonne partie, même s’il faut se garder de toujours ressortir la sempiternelle « rationalité cartésienne » qui dit-on nous caractériserait. Toujours est-il que l’imaginaire tient une place plus importante dans la culture britannique, qui fait moins que la nôtre la distinction entre une littérature qui serait « noble » et une autre qui ne le serait pas. Quand des auteurs comme Swift ou Carroll font partie intégrante de votre patrimoine littéraire, ça facilite les choses…

NB : Les fans français de SF se plaignent souvent que la littérature SF dans notre pays soit ghettoïsée et manque de reconnaissance auprès du milieu intellectuel. Qu'en pensez-vous?

SG : Personnellement je n’en pense pas grand chose. N’étant pas du « sérail », n’ayant jamais fait partie du fandom, je ne me sens tout simplement pas concerné. Et très honnêtement, en découvrant le milieu de la SF française, j’ai pu voir des comportements qui n’allaient pas non plus dans le sens d’une grande ouverture… Je pense qu’il est plus utile de discuter, d’avoir une démarche pédagogique, chaque fois que cela s’avère possible, sur un genre littéraire qui très souvent n’est en effet pas si facile d’accès. Un des aspects les plus gratifiants dans mon métier est justement de trouver ces « portes d’entrées » qui permettent à de nouveaux lecteurs de se dire qu’après tout, la « SF » peut aussi les intéresser.

NB : Quel regard portez-vous sur le milieu de l’édition SF en France?

SG : Vu de l’intérieur, c’est un très petit milieu. Les enjeux économiques sont finalement assez faibles, comparés au secteur éditorial pris dans son ensemble, et le « gâteau » à se partager est finalement assez modeste, ce qui a deux types de conséquences : d’une part une certaine cordialité loin d’être désagréable, d’autre part des problèmes qui peuvent parfois prendre des proportions assez grotesques. Sincèrement je m’estime assez privilégié : mon arrivée à la tête de folio SF a coïncidé avec celle de toute une nouvelle génération d’éditeurs, collègues ou concurrents, qui ont beaucoup en commun. De manière générale on travaille plutôt en bonne intelligence.

NB : La plupart des auteurs français de SF restent très confidentiels. Pourquoi?

SG : Pour de bonnes et de mauvaises raisons, le genre est essentiellement anglo-saxon. Un éditeur comme un lecteur ira plus facilement vers un auteur américain – les deux phénomènes étant cumulatifs. Une situation sans doute à déplorer, mais réelle. Outre le fait que le genre s’est effectivement développé aux Etats-Unis, je l’explique aussi par un le célèbre adage de Theodore Sturgeon (je crois) : 90% de tout ne vaut rien. Il y a peut-être dix fois plus d’auteurs anglo-saxons que d’auteurs français, et l’on ne traduit en France, globalement, que le haut du panier. D’où un implacable effet de distorsion…

NB : Quel pays vous semble être le plus intéressant aujourd'hui en matière d'auteurs de science fiction?

SG : Peut-être la Grande-Bretagne, avec des auteurs comme China Mieville ou M. John Harrison – lisez LIGHT, L’ombre du Shrander en VF, à paraître au Fleuve noir, c’est un chef d’œuvre ! Pas mal d’auteurs se retrouvent dans un nouvel imaginaire, un joyeux mélange qu’ils appellent Weird SF. Un concept qui n’est pas très loin de ce que les américains nomment slipstream, et de que Francis Berthelot appelle Transfictions.


> Douglas Adams, Folio SF et la France

NB : Comment avez-vous découvert l’œuvre de Douglas Adams?

SG : En lisant Le Guide galactique en Présence du futur, à l’époque où je dévorais tous les livres de SF qui me tombaient sous la main. Je ne savais pas de quoi il s’agissait, ni que cette série avait eu un tel succès en Angleterre. J’ai fait confiance à la quatrième de couverture. Et j’ai lu. Et j’ai ri. Beaucoup.

NB : Lorsqu'en 1995, j'ai lancé une version radio en français du « guide galactique », j'ai dû affronter un mur d'incrédulité. Dans notre pays Douglas Adams reste largement inconnu alors qu'il a vendu plus de quinze millions de livres dans le monde, et qu'il est très populaire en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis ou encore en Allemagne? Les Français sont-ils allergiques à l'humour anglais (Benny Hill et Mr Bean mis à part)? Que manque-t-il à Douglas pour être davantage connu dans notre pays ?

SG : Je pense que Douglas Adams est considéré en France comme un pur auteur de science-fiction, ce qui limite son champ de développement au seul secteur des littératures de l’imaginaire – où les ventes de ses livres sont bonnes, merci d’avoir posé la question. Je ne crois pas que nous soyons allergiques à l’humour anglais, pas totalement en tout cas ; la véritable différence tient au fait que dans d’autres pays, pour des raisons que je serais bien en peine d’expliquer, Adams est parvenu à sortir du seul statut d’auteur de SF. En Angleterre, le succès du feuilleton radio à la base de la série y est sans doute pour beaucoup.

NB : Quand vous avez repris le catalogue de Présence du Futur, vous avez réédité très rapidement les cinq volumes du guide, alors qu'il a fallu attendre neuf ans avant que le quatrième tome soit traduit en français. Pour quelle raison avoir décidé de les rééditer si rapidement ? Ce n'était pourtant pas l'une des meilleures ventes de Présence du Futur?

SG : Les ventes PdF étaient loin d’être négligeables ! Le quatrième tome est en effet sorti tardivement en France – Adams ne l’a pas non plus écrit immédiatement après le troisième. En ce qui concerne folio SF, je cherche de manière générale à rendre disponible aussi vite que possible l’intégralité d’un cycle – souvenirs de lecteur attendant impatiemment le douzième tome de je ne sais quelle série… Les cinq volumes du Guide étaient disponibles, traduits, il n’y avait aucune raison d’attendre.

NB : Fin 2002, vous nous avez fait la joie de ressortir les deux romans du cycle "Dirk Gently". Ces deux titres, sortis chez Stock en 1992, n'avaient pas trouvé leur public et n'avaient pas été réédités depuis. Comment expliquez-vous cette première rencontre ratée avec le public français? Qu'est-ce qui vous a poussé à les rééditer dans votre collection?

SG : Sans doute, comme je l’ai déjà dit, Douglas Adams était-il tout simplement inconnu du public de littérature générale auquel s’adressait Stock – et imposer un nouvel auteur n’a rien d’évident, particulièrement avec des ouvrages aussi… étonnants. J’ai pensé, à raison au vu de leurs ventes, que les deux tomes des aventures de Dirk Gently trouveraient plus facilement leur public dans le lectorat traditionnel – en France – d’Adams.

NB : La traduction du “Guide galactique” par Jean Bonnefoy est à l'origine d'une grande controverse entre fans. Nombre de ceux qui ont lu la version en anglais trouvent la version de Bonnefoy pas du tout fidèle à l'esprit du livre, ni au style de Douglas Adams. Existe-t-il pour vous un problème de traduction du "guide galactique"?

SG : Non. Définitivement non. Le Guide galactique fait partie de ces ouvrages intraduisibles mot pour mot, et j’estime que Jean Bonnefoy a fait un magnifique travail d’adaptation du texte à la culture française – seul moyen de le rendre intelligible.

NB : Le meilleur livre de Douglas Adams (“Last chance to see”), un brillant et caustique tour du monde à la recherche de quelques races animales en voie de disparition, reste inédit en France. Pensez-vous qu'il trouvera un jour un éditeur?

SG : Sans doute pas. Au risque de me répéter, Adams est inconnu en France en dehors du monde de la SF, ce qui rend ce genre de projets difficile…

NB : Son livre posthume "le saumon de doute" (qui rassemble un roman inachevé, des nouvelles et des essais) sera-t-il publié dans votre collection? Si oui quand?

SG : Ledit ouvrage, Fonds de tiroir dans sa version française, sort ce mois-ci dans la collection folio SF. Parce que je ne pourrais faire mieux, voici in extenso la quatrième de couverture dudit ouvrage (bis) :

Le 11 mai 2001, Douglas Adams s’en est allé trouver ailleurs les réponses sur la Vie, l’Univers et le Reste que même son fameux Guide galactique ne pouvait lui donner. Mais par chance, Adams ne s’est pas contenté de nous offrir la plus fameuse trilogie en cinq volumes de l’Histoire Universelle de la Littérature. En voici la preuve.

Le livre que vous tenez entre vos petites mains fébriles et que vous vous apprêtez à dévorer a été exhumé des quatre ordinateurs Macintosh de l’auteur. Il contient les premiers chapitres du Saumon du doute, troisième roman mettant en scène Dirk Gently, le détective holistique, sur lequel Adams travaillait, ainsi qu’une sélection de ses meilleurs discours, nouvelles, lettres, articles et interviews.

De la description d’une escalade du Kilimandjaro en costume de rhinocéros – véridique ! – à l’explication de l’incapacité des Américains à faire un thé ne serait-ce que buvable ; d’une plongée dans la vie privée de Genghis Khan au retour triomphant de Zappy Bibicy, cet ouvrage vous offre un ultime panorama sur l’œuvre de l’un des plus grands – au moins par la taille –, drôles, et brillants penseurs de notre temps. Si, si.

Bienvenue dans l’esprit délicieusement dérangé de Douglas Adams !

NB : Dans le cadre de l'émission de la BBC The Big Read, “Le Guide galactique” (H2G2) vient d'être élu le quatrième livre le plus populaire en Grande-Bretagne, devant Harry Potter. Etes-vous surpris par un tel plébiscite près de vingt ans après sa parution?

SG : Je crois que nous n’avons aucune conscience, en France, de l’importance du Guide galactique dans les pays anglo-saxons. Donc oui, dans ce contexte, un tel plébiscite – un tel culte ! – a tout pour me surprendre.

NB : Deux excellentes biographies (l'une signée MJ Simpson et l'autre Nick Webb) sont sorties récemment en Grande-Bretagne, et le livre de Neil Gaiman sur le « Guide galactique » vient de faire l'objet d'une réédition remise à jour. L'un de ces livres a-t-il une chance d'être un jour publié en Français par vos soins? Vous avez ainsi récemment publié l'autobiographie d'Asimov, donc la question peut se poser.

SG : L’ouvrage de Neil Gaiman, "Pas de panique !", est publié parallèlement aux "Fonds de tiroir" de Douglas Adams. Quant aux biographies d’Adams, leur sujet-même me semble irrémédiablement trop pointu pour la France.

NB : Une nouvelle série radio va voir le jour en Grande-Bretagne, ce qui marque un retour du Guide vers son média d'origine. Les scripts de la série radio originale (en deux séries de six épisodes), très différente des livres (surtout dans le cas de la deuxième série), ont été publiés dans plusieurs pays. Pourquoi pas en France?

SG : Publier des scripts d’un émission radio presque inconnue en France me semble honnêtement inenvisageable, pour les raisons évoquées plus haut.

NB : Un film à gros budget est en chantier à Hollywood et sortira sur nos écrans en 2005. Pensez-vous que Douglas pourrait devenir une star en France grâce à ce film? Est-ce que la perspective de ce film change votre perception sur l'attrait éditorial de Douglas? Plus globalement, quand l'un des livres publiés dans votre collection est adapté en film, quelle est votre démarche?

SG : C’est évidemment, pour nous, une excellente nouvelle. Mais je ne pense pas que cela changera quoi que ce soit au statut de Douglas Adams en France – à moins d’un succès comparable au Seigneur des Anneaux, ce qui est peu probable. Nous vendrons en 2005 beaucoup plus d’ouvrages du Guide galactique, c’est certain, mais un livre devient rarement « culte » grâce à une adaptation cinématographique – ce serait plutôt l’inverse. Quant à ma perception éditoriale de Douglas Adams, elle n’évoluera guère : nous avons réédités en folio SF toutes ses œuvres fictionnelles, on ne peut guère faire mieux !

De manière plus générale, lorsqu’un ouvrage édité en folio SF fait l’objet d’une adaptation cinématographique, nous procédons ainsi : je pars en quête du diffuseur/distributeur du film en France, et nous négocions les droits d’utilisation des visuels du film –notre lectorat est très réceptif à ce genre d’adaptations… Les résultats sont généralement assez impressionnants.


> En guise de conclusion...

NB : Quel est précisément votre rôle en tant que directeur de collection? Pouvez vous nous décrire une journée ou semaine type de votre activité?

SG : Mon rôle premier sur folio SF est d’établir un programme, avec tout ce que cela implique : lectures (nombreuses), négociations contractuelles avec les auteurs ou leurs agents, travail éditorial proprement dit avec les traducteurs ou les auteurs, gestion des illustrateurs, rédaction des argumentaires à destination des représentants et des quatrième de couverture. Plus, de manière générale, un rôle de diffuseur d’information en interne et en externe. Et parfois je dors…

NB : Que pensez-vous de l'état du marché de la SF en France?

SG : Il est généralement admis que nous traversons actuellement une phase de surproduction, que trop de titres sont mis chaque année sur les tables de librairie. C’est sans doute vrai, mais le marché de la SF stricto sensu est finalement assez stable depuis une quarantaine d’année, et je pense qu’il finira par se réguler. Le véritable enjeu des prochaines années se situe davantage au niveau du développement de la fantasy. Pour un certain nombre de raisons, c’est un genre beaucoup plus apte à attirer des lecteurs peu habitués aux littératures de l’imaginaire, et j’y vois un réel axe de développement dans les dix années à venir.