Icone English English | Icone Français Français
Le Voyageur Galactique






le site du grand ordre de la serviette (GOS)

la boutique du Grand Ordre de la Serviette (GOS)

Nos autres sites :

Le site du Grand Ordre de la Serviette

Cinéma de Rien : le cinéma et la TV britannique

Sites amis :

Webmarketing42 : SEO, SEA, web analytics,...

Lou Alex Sand, conseil en image Paris

> Interview avec Nick Webb




nick webb et douglas adams avec leurs filles

 Nick Webb a sorti en octobre 2003 Wish you were here - la biographie officielle de Douglas Adams. Ce livre arrivant après la bio très complète de MJ Simpson, on pouvait se demander si elle ne sera pas un peu de trop. Et la réponse est négative. Il faut dire que Nick Webb n'est pas n'importe qui. Ami proche de Douglas depuis 1978, le jour où, jeune éditeur, il lui fit signer un contrat en or chez Pan Books pour un premier livre au titre prometteur : The Hitchhiker's guide to the galaxy (le guide du voyageur galactique)!

Cette interview vous donnera un aperçu d'une bio qui nous livrera un portrait intime du grand homme.


PS : vous pouvez aussi lire l'interview de MJ Simpson, auteur d'une autre biographie sur Douglas Adams.

> PREMIERS PAS

Nicolas Botti : Comment s'est passée votre première rencontre avec Douglas?

Nick Webb : C'était en 1978 dans un pub "The argyll arms", près du Palladium à Londres. C'était plutôt bourré de monde et bruyant, mais Douglas et moi - étant tous deux très grands - nous avons réussi à nous entendre. John Lloyd (NDE : co-auteur des épisodes cinq et six de la série radio) était là également, objet de toutes les attentions féminines.

NB : Qu'avez vous pensé de Douglas?

NW : J'ai cru qu'il devait être diplômé en philosophie parce qu'il avait un esprit très philosophique. Je fus surpris d'apprendre qu'il avait étudier la Littérature Anglaise. Il était très drôle, très grand et très jovial.

NB : Pour quelle raison Pan voulait signer un contrat avec Douglas? C'était un jeune homme, juste auteur d'une série radio SF à succès. A cette époque, il n'avait pas écrit un seul livre. Est-ce une démarche habituelle pour une grosse maison d'édition?

NW : La série radio a connu un succès énorme et avait clairement été écrit par quelqu'un avec de grandes ressources d'invention verbale et une vision du monde iconoclaste. Je n'étais pas le seul jeune éditeur sur les rangs à penser que cela ferait un bon livre. A l'époque, Pan était dirigée par un éditeur talentueux Sonny Mehta, et était l'éditeur poche le plus dynamique, notamment à travers sa politique d'adaptations, bien que celle-ci fut plutôt orientée vers le cinéma. Ce n'était pas un gros investissement pour Pan. Sonny, et les fortes têtes qu'il avait embauché aux ventes, étaient toujours réceptifs à l'enthousiasme. Aussi, ils ne furent que trop heureux de me permettre de faire ce pari sur Douglas. Mais, encore une fois, ce n'était pas une opération très lourde à mener.

NB : La légende dit qu'il a choisi de signer avec Pan, plutôt qu'avec d'autres prétendants éditeurs, du fait de votre amitié naissante. Honnêtement, l'avez-vous corrompu grâce à d'énormes repas dans les meilleurs restos?

NW : C'est très flatteur. Oui, nous nous sommes très bien entendus, mais Pan était aussi le meilleur éditeur de l'époque. Par la suite, nous avons enchaîné d'énormes repas, mais pas avant que le contrat ne fut signer.

NB : Au début, il pensa écrire le bouquin en duo avec John Lloyd, avec qui il avait déjà co-écrit les épisodes cinq et six de la première série. Ensuite, il a changé d'avis. Vous rappelez-vous de cette histoire? Cette hésitation est-elle l'un des nombreux témoignages de son manque chronique de confiance en ses capacités d'écriture?

NW : Le contrat initial était destiné à tous les deux, mais Douglas décida qu'il pouvait et devait l'écrire tout seul. Pour un homme aussi intelligent, il était étonnement maladroit dans ses relations avec les autres. John Lloyd a été très blessé d'avoir été viré comme co-auteur. Douglas et John avaient une relation complexe qui allait de la jalousie à la compétitivité en passant par une immense affection. Ce bon vieux Douglas a été torturé par le doute de soi toute sa vie durant, mais il avait également besoin d'être le seul créateur de son oeuvre et il savait qu'elle était exceptionnelle. Comme tous (?) les auteurs, il pouvait être salement nombriliste. Il y a des théories qui mettent en relation l'insécurité et la créativité. Je m'y suis un peu penché. Douglas et John faisaient partie d'un brillant lot de diplômés de Cambridge qui, bien qu'urbains et charmants, étaient sans merci dans leur quête de créativité et de reconnaissance. Douglas avait un grand nombre d'amitiés masculines intenses qui se sont souvent terminées en schisme. C'est horriblement compliqué. J'espère que vous ne penserez pas que je botte en touche si je vous dis que vous devrez lire le livre.

NB : Vous êtes-vous occupé de Douglas lors du processus d'écriture du "guide du voyageur galactique"? Etait-ce déjà une expérience douloureuse?

NW : Non, j'ai quitté Pan - l'un de mes nombreux ratés existentiels - avant d'avoir à subir l'angoisse de la livraison effective du livre par Douglas. Et je n'ai plus jamais eu de rôle en tant qu'éditeur lors de son étonnante carrière.

NB : Avez-vous été surpris par le succès foudroyant remporté par le livre? Et Pan?

NW : Je savais que ça marcherait, mais j'ai été surpris par une telle folie. Je pense que tout le monde a été pris de surprise.


> L'ECRIVAIN

NB : Avez-vous imaginé à l'époque que Douglas deviendrait un tel écrivain à succès?

NW : Pour dire vrai, j'en avais aucune idée, mais je percevais qu'il avait les bons ingrédients pour devenir un formidable écrivain dans sa façon de jouer avec les mots et dans sa passion pour les idées . Par la suite, quand il a obtenu son immense succès, je pouvais toujours prétendre que je l'avais enrôlé chez Pan grâce à ma perspicacité, mais, pas de chance, ça n'a jamais sonné juste.

NB : Pensez-vous qu'il aurait fini le "Saumon du doute", et écrit d'autres livres ?

NW : Oui, sa longue période de mise en jachère lui avait donné plein d'idées. Quelques mois avant sa mort, il m'a confié lors d'un repas commun que ses batteries créatives étaient rechargées à bloc.

NB : Son expérience hollywoodienne lui a pompé toute son énergie. Pensez vous qu'il a consacré trop de temps à cette histoire de film?

NW : C'est complexe. Il voulait vraiment faire ce film, mais cela lui a pris des années pour admettre que la structure épisodique, picaresque du "guide" n'était pas faite pour un blockbuster hollywoodien. Il a failli décrocher le pompon vers la fin, mais il a ensuite saboté l'affaire en insistant sur la nécessité d'une production originale et d'un budget très élevé. Les délais divers et variés impliquaient que les effets spéciaux, devenant de plus en plus perfectionnés, finissaient par rejoindre l'imagination de Douglas, mais ce n'est pas vraiment l'intérêt du "guide" qui repose davantage sur le texte que sur le souffle épique de la SF classique made in Hollywood. "Le guide" a davantage d'esprit dans deux lignes de dialogue que Star Wars dans toute une séquence. La description que fait Douglas du processus de création cinématographique ("c'est comme faire cuire un steak en faisant défiler tout un tas de personnes pour souffler dessus") est révélatrice. Il aimait beaucoup la Californie - spécialement cette proximité par rapport à cette population folle de technologie (NDT : Sillicon valley n'est pas loin) , et sa distance par rapport à la scène médiatique londonienne - mais je pense qu'à un certain point son déménagement en Californie était une façon de fuir les anxiétés . Il pouvait "travailler sur son projet de film" - et c'était une très bonne excuse pour ne pas affronter l'écriture agonisante de son prochain livre.

NB : Douglas avait un tas de passions et de centres d'intérêts : les espèces en voie de disparition, la science, les ordinateurs, la musique, l'athéisme,... Certains disent qu'il aurait pu faire bien mieux comme écrivain s'il n'essayait pas de faire un tas de choses en même temps.

NW : C'est peut-être vrai, mais est-ce que ses livres auraient été aussi bons? Les enthousiasmes de Douglas font partie de lui, et il les met dans ses livres. C'est leur fondement intellectuel qui fait que les blagues durent. Combien de romans à succès ont touchent à l'évolution, de solipsisme, la théorie du chaos, l'existence de Dieu, et ainsi de suite? Ca change agréablement de tout ce sexe et de l'esprti consommation ambiante.

NB : Etait-il le premier homme multimédia? La radio, la télé, les ordinateurs, le théâtre, le cinéma, Internet,... La liste est impressionnante.

NW : Je ne sais pas s'il a été le premier, mais ses domaines de compétences étaient très larges. C'était un penseur en avance sur son temps surtout concernant les nouvelles technologies, et il était très demandé comme conférencier sur le sujet. Cela l'ennuyait que Stephen King fut le premier à avoir publié un roman sur Internet. Il disait que cela aurait dû être lui. La plupart des autres incarnations de son travail étaient sous licence, bien sûr, et il n'avait pas un total contrôle créatif.

NB : Tous ses livres, même ceux de la trilogie de "H2G2" sont très différents les uns des autres. Ses livres sont devenus de plus en plus sombres avec l'âge.

NW : Cela semble être une tendance globale, cependant il y a des variations selon les aléas de la vie qu'il menait quand il écrivait. "Le saumon du doute" prenait la forme d'une oeuvre plus gaie.

NB : Douglas pensait que "Last chance to see" était le meilleur livre qu'il ait écrit, même si c'est celui qui avait eu le moins de succès. Partagez vous cet opinion?

NW : J'aime beaucoup ce livre, et je pense que il est important. C'est vraiment dommage que Douglas n'ait pas écrit davantage de non fiction. C'est un excellent journaliste. "Last chance" est imbibé de colère. Le sens du merveilleux de Douglas était blessé par la capacité de l'homme à balayer de la surface de la Terre des espèces que des millions d'années d'évolution ont perfectionné. Je suis tombé sur des jeunes zoologistes qui ont été poussés vers ce métier par la lecture de ce livre. Si vous me poussez à émettre un opinion, je serais probablement d'accord avec lui.

NB :Il n'était pas content de la plupart de ses livres, et ne se considérait pas lui-même comme un bon écrivain ou même comme un écrivain à part entière.

NW : Ce bon vieux Douglas était piégé par le succès - et d'immenses avances - dans un boulot pour lequel il était l'un des personnes sur Terre à avoir le moins d'aptitudes, au niveau du tempérament. Il trouvait l'écriture incroyablement douloureuse, il était perfectionniste et sans pitié concernant ses écrits. Néanmoins, en même temps, il savait très bien qu'il était un écrivain aussi amusant et musical que PG Wodehouse. Mais Douglas trouvait cela très difficile. L'écriture comique est incroyablement dure, l'effet comique d'une ligne peut être détruit par une simple virgule mal placée qui casse le rythme. Douglas avait une oreille très fine pour l'équilibre d'une phrase, et il apportait sans cesse des perfectionnements.

NB : Souffrait-il vraiment d'un blocage de l'écriture ou juste d'un manque de confiance en lui?

NW : C'est une question si complexe que je peux répondre les deux, ou vous poussez à lire la biographie. Et encore, je ne suis même pas sûr d'avoir complètement résolu l'énigme.

NB : Il a définitivement révolutionné la comédie radio, pensez-vous qu'il a réalisé quelque chose d'aussi révolutionnaire avec ses livres? Son oeuvre sera-t-elle rangée parmi les classiques de la littérature anglaise, comme les livres de PG Wodehouse, ou qu'on se rappellera de lui surtout comme un écrivain de SF comique.

NW : Je suis sûr qu'on se souviendra de ses livres. Déjà de nombreuses formules et tournures de phrases qu'il a créées sont entrées dans le langage courant. Il adorait Wodehouse, et comme Wodehouse, il entendait la musicalité de langue anglaise. Son imagination étrange, sa façon de voir le monde, et son sens du merveilleux dans ce qu'il a de plus étrange, restera. Votre question trouve écho dans l'horrible dichotomie qui existe dans les lettres anglaises entre le roman classique et le roman de genre. C'est une distinction qui indignait Douglas. Je ne sais pas si Douglas sera rangé dans la SF, mais de toute façon la SF vit actuellement une période de grande créativité qui ne montre aucun signe de faiblesse.

NB : Sentez-vous l'influence de Douglas dans l'écriture d'autres écrivains?

NW : Oui, il a eu une énorme influence sur des gens très différents, de Red Dwarf à Murakami.


> L'HOMME ET L'AMI

NB : Quant un écrivain devient immensément populaire pour une phrase comme "j'adore les dates butoirs, j'adore le son vrombissant qu'elles font quand elles passent devant moi", on a tendance à penser qu'il devait être un vrai cauchemar pour ses éditeurs et son agent. Néanmoins, il semble qu'il a gardé de très bonnes relations avec eux, vous et Ed Victor y compris. Comment peut-on expliquer une contradiction aussi incroyable?

NW : Je n'ai jamais souffert de ces horribles problèmes de date butoir, aussi n'ai je pas été mis à l'épreuve. Je l'adorais. Les gens qui traitaient avec lui sur le plan professionnel devenaient très exaspérés, mais ils lui pardonnaient toujours. Bien sûr, cela ne sert à rien d'être dur avec un auteur délinquant, car on ne peut pas forcer un auteur à écrire - ou, si vous le faites, le résultat serait tragique. De plus, Douglas était tellement mortifié par ses propres défaillances que personne n'avait le coeur à être méchant quand il posait problème. C'était un géant, avec des émotions gigantesques de chaleur et aussi de désespoir. Vous ne pouviez tout simplement pas vous en tirer comme ça avec quelqu'un comme lui.

NB : Il y a de nombreuses légendes qui rendent Douglas très humain et attirant. Ses doutes, ses sandwiches dans son bain, son amour pour les dates butoir, toutes les histoires l'entourant (comment il s'est presque cassé le nez avec son propre genoux, les lettres qu'il a envoyé aux libraires après le succès immédiat du "guide galactique" pour leur demander comment ils avaient fait pour forcer les gens à acheter le bouquin, l'idée du guide qui lui serait venue alors qu'il dormait à la belle étoile, saoul, dans un champ ). Etait-il si humain, où est-ce de la pose?

NW : Oui, la plupart de ces légendes sont vraies, mais Douglas adorait les chouettes anecdotes qu'il répétait sans fin. Une fois, il notait qu'il avait tellement répété les histoires sur l'origine du "guide galactique" qu'il ne pouvait plus à présent que se rappeler ses propres déclarations, et qu'il n'avait plus d'autre choix que de se faire confiance sur le fait que cela s'est vraiment passé comme ça.

NB : C'était un merveilleux raconteur d'histoires, un fantastique lecteur... Sa femme dit qu'il aurait pu être le meilleur professeur que vous puissiez imaginé... Et que discuter avec lui était une expérience passionnante.
NW : C'est vrai. Nous avions l'habitude de nous disputer sur la science. C'était un lecteur vorace avec une mémoire enviable. Il avait un don particulier pour faire des analogies marquantes. Dans sa dernière décade, il était très demandé sur le circuit américain des conférenciers. Il aurait fait sans aucun doute un professeur très inspiré .

NB : Après la mort de Douglas, nous vîmes à quel point ses amis tenaient à lui : Stephen Fry, Richard Dawkins, David Gilmour, Terry Jones et beaucoup d'autres. Avez-vous été surpris par toutes ces réactions? Douglas était-il un si bon camarade? Pouvez-vous raconter vos souvenirs concernant cette amitié?

NW : Je n'étais pas surpris parce que Douglas avait un talent pour l'amitié. La nôtre était basée surtout sur notre amour pour la science et pour des repas prodigieux. Lui et Jane organisaient des fêtes incroyables, et à l'une de celle-ci il m'a offert environ dix superbes costumes qu'il avait commandé à Hong Kong. Pour diverses raisons personnelles (lisez le livre!) il avait perdu beaucoup de poids, et, quand il est revenu à Londres avec les costumes, ils étaient tous trop grands pour lui. Il me les a donné quand nous étions tous hors d'état du fait des généreuses quantités de champagne qu'il versait dans nos verres. Il m'a même persuadé des les essayer devant tout le monde. Je dois dire que je suis très grand comme Douglas, et malheureusement, encore bien plus large). Nombre des branchés londoniens sont venus par la suite pour admirer les costumes. Beaucoup de soie brute, très différent de tout ce que j'ai jamais possédé avant et depuis!

NB : Etait-il très proche de sa famille?

NW : L'histoire familiale de Douglas est trop baroque pour être facilement résumée. Son père posait vraiment problème. Il adorait sa mère. Et il avait des hordes de demi soeurs et frères. Je n'escamote pas la question - bien, si en fait - mais son arbre généalogique ressemble en tout point au plan du métro londonien. Son bagage familial est fascinant et en dit beaucoup sur l'homme qu'est devenu Douglas.

vNB : Est-ce que son mariage tardif et la naissance de Polly a changé sa vie et sa façon de voir les choses?

NW : Avec Polly, il avait la relation la moins compliquée de toute sa vie. Il l'aimait sans condition et complètement. Cela l'a beaucoup stabilisé. Douglas et Jane avaient eu une relation pendant dix ans avant de se marier - avec des coupures pour mauvais comportement, comme disait Jane. Il était parfois très turbulent. Enfin, j'en ai suffisamment dit.

NB : Quand l'avez vous vu pour la dernière fois?

NW : Je ne me rappelle pas de la date exacte. Je suis resté chez eux en avril 2000 à Santa Barbara (à la suite de l'un de ces stupides changements d'orientation dans ma carrière, cette fois-ci dans une compagnie internet) et puis nous avons pris un énorme repas ensemble quand il revint à Londres cet automne. Nous nous sommes disputé à propos de la biologie évolutionniste et les origines de la vertu. En sortant du resto, Douglas m'a gentiment acheté le livre brillant du même nom par Matt Ridley.

NB : Comment avez-vous appris sa mort?

NW : Robbie Stamp, le directeur de TDV (The Digital Village, la compagnie multimédia qu'a fondé Douglas) m'a appelé dans la matinée. C'était très dur à croire.


> ET FINALEMENT...

NB : Votre biographie est publiée plusieurs mois après celle de MJ Simpson. Avez-vous lu le livre de MJ Simpson? Avez-vous le sentiment de montrer un Douglas très différent? Votre biographie est sous-titrée "la biographie officielle". Qu'est ce que cela signifie?

NW : J'ai rendu mon livre à l'éditeur seulement quelques semaines après que celui de Mike fut publié, et j'ai pris la décision de ne pas le lire pour ne pas avoir la tentation de piocher dans ses recherches. Je ne l'ai toujours pas lu. Je ne sais pas vraiment pourquoi. Peut-être que je me suis tellement immergé dans mon livre et dans dans ma vision particulière de l'homme que je ne voulais pas faire face à un autre point de vue. Néanmoins, j'étais au courant de sa publication, et d'une certaine façon j'ai pensé qu'il me laissait une place. MJ en sait beaucoup plus que moi sur tous les détails de ce que Douglas a fait et quand. Cela m'a laissé libre champ d'écrire un compte rendu plus personnel de l'homme et de ses idées. MJ aura, pensai-je, la chronologie définitive, aussi étais-je libre d'adopter une structure moins conventionnelle et non linéaire dans laquelle je m'accrocherai aux centres d'intérêts et aux enthousiasmes de Douglas sans avoir à couper mon élan par un "pendant ce temps...". Quant à la dénomination "officielle", je suppose que cela signifie que Jane a été assez gentille pour me parler et me donner accès à toutes les archives de Douglas. Elles étaient dans cinq grands cageots en plastique et sans aucun ordre apparent. Sa famille a également acceptée de me rencontrer, ce dont je leur suis gré, sachant que cela a dû être très douloureux. La succession ne m'a pas du tout demandé de jeter un coup d'oeil au livre avant publication - pas plus que Jane, ce qui est tout à son honneur.

NB : Pensez-vous que le film adapté de "H2G2" sera et devrait être tourné maintenant que Douglas est mort?

NW : Je ne vois aucune raison pour laquelle ce film ne devrait pas être fait. Quand on a demandé un jour à James M Cain ce qu'il pensait du traitement qu'avait fait subir Hollywood à ses livres, il répondit "rien du tout, ils sont toujours là sur l'étagère, exactement là où je les avais laissé après avoir finit de les écrire". Douglas savait que "H2G2" serait considérablement revu et corrigé pour mettre en place ce qu'ils appellent une "structure narartive" dont les films à gros budget sont censés avoir besoin. Un film ne peut pas correspondre aux images que les lecteurs ont du livre parce que c'est très personnel. Mais tant que c'est un bon film, et qu'il est digne de Douglas, ce sera intéressant à regarder. Quant à la probabilité qu'il sorte, vous êtes probablement mieux informé que je ne le suis. La dernière fois que j'en ai entendu parler, Jay Roach ne réalisait plus le film, mais ses remplaçants ont l'air intéressant.

NB : Pensez-vous qu'il y aura d'autres livres posthumes comme "le saumon du doute"?

NW : Je ne crois pas.

NB : Et une dernière pour la route : Douglas aurait-il pu être une rockstar?

NW : Quand Douglas a atteint la fin de la quarantaine, il blaguait en disant qu'il était à présent assez vieux. Il aurait adoré ça. Mais pour répondre sérieusement, je ne pense pas qu'il aurait pu être une rockstar. C'était un guitariste gaucher accompli, mais il était toujours un peu à côté, pas très synchro avec les autres musiciens. Douglas était-il un peu décalé avec le monde? A vous de voir.