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> Interview avec Robbie Stamp, ami de Douglas Adams et producteur exécutif du film




robbie stamp

Interview réalisée le 28 octobre 2003. Il s'agit du premier entretien sur le film accordé juste après le feu vert de Disney quelques semaines plus tôt.




> ROBBIE ET DOUGLAS

Nicolas Botti : Vous avez rencontré Douglas pour la première fois pour un projet de film en 1991, et il vous a fait écouter du Bach pour faire la démonstration d'une théorie qui lui tenait à coeur concernant la relation entre la musique et les mathématiques. Que saviez-vous de Douglas avant de le rencontrer et qu'avez-vous penser de lui à l'issue de cette première rencontre ?

Robbie Stamp : Je le connaissais évidemment de réputation mais pour être totalement honnête, je n'étais pas un fan absolu, même si j'avais adoré les deux premiers livres. J'étais cependant très excité à l'idée de le rencontrer et je me souviens d'une grande chaleur humaine après la timidité initiale. Après cette rencontre, nous sommes restés en très bons termes jusqu'à ma toute dernière conversation avec lui la veille de sa mort. J'adorais nos conversations. Il n'était pas particulièrement " drôle " en tant que personne mais ce qui vous frappait c'était une immense soif d'idées et de pensées et des questions avides envers la sagesse.

NB : Vous étiez responsables de The Digital Village (TDV), une dotcom créée avec Douglas et qui a lancé Starship Titanic et h2g2.com. L'entreprise a finalement été victime de l'éclatement de la bulle Internet. Cela a sûrement été une époque de stress.

RS : L'expérience de Digital Village a été très intense. Douglas et moi avons travaillé avec des collègues fabuleux, auteurs, artistes et programmateurs. Globalement, cela a été une époque très réjouissante, et en effet, vous avez raison, une partie s'est révélée très stressante. A la fin, quand la situation est devenue très difficile, Douglas a toujours fait ce qu'il fallait et rempli ses obligations vis à vis de la société. Dans les bons moments, je me souviens de son immense enthousiasme pour ce que nous avons essayé de faire, ses rires tonitruants en provenance de son petit bureau à Camden Town (NDE : un quartier de Londres célèbre pour son marché où Digital Village avait installé ses locaux) et une tonne de conversations et de projets. J'est toujours adoré nos voyages communs aux Etats Unis, quand nous allions voir des films ensemble, boire des martinis et du champagne, et manger du sushi.

NB : Quand avez-vous parlé avec Douglas pour la dernière fois ? Quel était son état d'esprit alors ?

RS : J'ai vu Douglas au printemps et il était en bonne forme. La nouvelle maison où il s'était installé avec Jane était adorable (NDE : Douglas s'était installé quelque temps auparavant avec Jane Belson, sa femme, et sa fille Polly à Santa Barbara près de Hollywood pour superviser le travail sur le projet de film). Et il avait un grand bureau au-dessus du garage avec de grand bureaux couverts de Macs avec des grands écrans magnifiques. Nous avons marché le long du Pier à Santa Barbara, bu un jus d'orange dans son café favori à Montecito, et l'apothéose, nous avons échangé un paquet de nouvelles idées et un grand nombre d'anciennes, qui n'avaient rien à voir avec H2G2. Mais dresser des plans pour le film figurait également en bonne position.


> LE FILM

NB : Après TDV, vous êtes resté en contact avec Douglas. Et finalement, vous en êtes venu à travailler sur le projet d'adaptation cinématographique de H2G2 ? Comment ça s'est passé ? Quel était votre rôle ?

RS : Douglas et moi étions devenus de bons amis , aussi c'était normal de rester en contact après la fin de TDV (bien qu'en fait Douglas est mort seulement quelques mois après que nous ayons vendu la société à la BBC en janvier 2001). J'ai été impliqué dans le projet de film depuis le début des négociations avec Disney. Le contrat a été signé finalement juste avant Noël 1998 (je crois !) et à cette époque lui et moi étions producteurs exécutifs. Les négociations avaient duré presque dix huit mois et à travers ce long processus et le choix de Caravan (qui est devenu Spyglass) à la production et Jay (NDE : Jay Roach, réalisateur d'Austin Powers) à la réalisation, j'en suis venu à rencontrer tous les acteurs clés impliqués dans le projet. Bob Bookman, de la CAA, qui a été longtemps l'agent du film, a organisé des réunions avec Disney en 1997 et nous avons rencontré un certain nombre de producteurs potentiels. Mais ce sont Jay, qui adorait Douglas, et Roger Birnbaum à Caravan qui avaient la force nécessaire pour embarquer Disney dans l'aventure. Si nous accélérons le temps jusqu'à la mort de Douglas, la force motrice a été le résultat combiné de mon travail avec Jay et du travail de Jay avec Karey Kirkpatrick (NDE : le scénariste de Chicken Run a fini le scénario laissé par Douglas) et du soutien illimité de Roger Birnbaum au projet. Une fois que je lui ai fait savoir que la Succession de Douglas acceptait que le film se fasse, il a mis la main à la poche pour payer la réécriture de Karey. Nous n'en serions pas là aujourd'hui sans Jay, Karey et Roger. J'ai juste entretenu les braises.

NB : Quel est votre rôle en tant que producteur exécutif ?

RS : Je pense représenter la Succession de Douglas, et ayant travaillé avec Douglas pendant toutes ces années, j'ai apporté une continuité au projet. J'ai pu être une sorte de baromètre pour Garth et Nick, et j'ai pu les alimenter eux et Karey avec de la doc en provenance des ordinateurs de Douglas. J'ai aussi apporté ma contribution dans l'élaboration du site web, sur le jeu, le DVD, le " making of " et sur quelques autres sujets afin d'aider à porter ce grand morceau de créativité dans sa nouvelle incarnation. La clé du problème, c'était de laisser l'essence du sujet respirer, tout en reconnaissant la nécessité de faire les changements nécessaires pour que cela fonctionne en tant que film (une nécessité dont Douglas avait pleinement conscience). Douglas n'a jamais craint d'apporter de nouveaux éléments dans toutes les nouvelles incarnations.

NB : Pourquoi a-t-il fallu autant de temps à Hollywood pour porter H2G2 à l'écran ? C'est incroyable, surtout quand vous vous souvenez que le premier contrat a été signé avec Columbia en.... 1982 !

RS : Qui sait ? Hollywood est un endroit mystérieux et l'un des éléments clés nécessaires pour un projet est le temps. Pour faire un film, vous devez mettre un tas de planètes en orbite autour d'un élément clé - une star, un réalisateur ou un script. Je pense que ce qui nous manquait, c'était un scénario que les responsables à Los Angeles puissent comprendre. Douglas a toujours bénéficié d'un tas de bonne volonté et pour que les choses se fassent il nous manquait vraiment un scénario que tout le monde apprécie. C'était le véritable " frein ".

NB : L'énorme succès de Men In Black en 1997 a quelque peu énervé Douglas. Vous pensez vraiment qu'il s'agit du même genre de film ?

RS : Je sais qu'il contemplait le succès de MIB en se demandant " Aaargh, et pourquoi pas H2G2 ? " mais je ne sais pas si c'est correct de dire que Douglas était " vraiment énervé ". Et à part leur point commun évident (ce sont toutes deux des comédies SF), je ne pense pas qu'ils aient vraiment autre chose en commun. Il y a vraiment des réflexions profondes derrière H2G2, et ce n'est absolument pas le cas avec MIB.

NB : Juste avant sa mort , Douglas ne semblait plus croire à la possibilité que le film se fasse dans un avenir proche. Avez-vous vous-même arrêter d'y croire parfois ?

RS : Hmm , oui. Il y a eu des moments où après avoir fait deux pas en avant nous en avons fait trois en arrière. Et je finissais par me demander si le film verrait le jour. Mais quand Jay a décidé de rester afin de développer un nouveau scénario, qu'il a trouvé Karey et que Roger a repris la main, je pensais qu'on avait une vraie chance. Quand Karey a rendu son scénario juste avant Noël de l'année dernière, j'ai vraiment senti que l'on était sur une bonne piste.

NB : Certains disent que Douglas était trop exigeant avec Hollywood...

RS : C'est une question difficile. Je pense qu'Hollywood est vraiment très bon quand il s'agit de faire ce qu'il sait faire, et si vous voulez que " le système " dépense des millions de dollars pour faire votre film, alors il faut qu'il y ait dans le scénario le type de choses qu'il aime voir. Cependant, je peux affirmer catégoriquement que tous ceux qui sont impliqués aujourd'hui dans le film, dont les hauts responsables de chez Disney, sont déterminés à ce que le film reste " fidèle à l'essence de H2G2 ".

NB : Comment Jay Roach a débarqué dans l'aventure H2G2 ?

RS : Douglas et moi lui avons été présenté en 1997 et il y a eu un lien instantané qui s'est établi entre Douglas et Jay. Jay est vraiment un type incroyable - intelligent , doux mais très déterminé et Douglas a senti que c'était le réalisateur qui lui laisserait un vrai espace dans le film (et a d'ailleurs insisté pour que ce soit le cas). J'ai appris à très bien connaître Jay et j'ai une grande affection et un immense respect pour lui. Bien qu'il ne réalise pas le film, je ne doute pas un seul instant qu'il ait joué rôle pivot pour que nous en arrivions où nous en sommes, et dieu merci il est toujours très impliqué dans le film comme l'un des producteurs.

NB : En juin 2000, il a écrit sur son site qu'il avait juste " fini un tout nouveau traitement scénaristique la semaine dernière, et que Jay l'adore ". Que s'est il passé ? Qu'en est-il du script que Douglas a fini juste avant de mourir ? S'agissait il du même que celui de juin 2000 ?Il était très content de celui-ci mais Jay non ?

RS : Je vais essayer de répondre à ces deux questions en une fois. Jay était très content de cette version, mais il savait qu'il faudrait encore travailler dessus. La dure réalité c'est que très peu de gens des Studios pensaient que le script avait franchi le fossé qui l'empêchait de devenir un film qu'ils comprennent. Je sais que Douglas trouvait tout cela immensément frustrant.

NB : Douglas a écrit un paquet de versions de scénarios pour H2G2 ? Comment se fait il qu'aucune n'ait été considérée comme satisfaisante ?

RS : Bon Dieu, c'est une question tellement complexe... Je ne suis pas sûr de pouvoir y répondre en quelques lignes. Peut-être qu'à la fin il était simplement trop proche du sujet, et il fallait quelqu'un d'autre, avec plus de distance, pour prendre l'élan nécessaire.

NB : Jay a loué les services de Karey Kirkpatrick (Chicken Run) après la mort de Douglas pour qu'il finisse le scénario laissé par Doulgas. Etait-ce vraiment nécessaire? Qu'a-t-il fait exactement? A-t-il réécrit un nouveau script? Qu'est-ce qu'il reste de Douglas dans le scénario final?

RS : Je pensais que si on ne voulait pas que le projet retourne dans les limbes après la mort de Douglas, il était nécessaire de louer les services d'un nouvel auteur. Nous avons eu beaucoup de chance avec Karey qui a de toute évidence une bonne oreille pour l'humour et l'ironie anglaise, tout en ayant une sensibilité structurelle Hollywoodienne. Le point de départ de Karey était très clairement le script de Douglas (il n'était pas un immense fan quand il est arrivé sur le projet, et je pense que c'était plutôt une bonne chose). La sensibilité de Douglas est toujours là. Et une grande partie des nouveautés sont aussi dues à Douglas. Dès que Karey était confronté à un problèmes, il se replongeait dans les séries radio, les livres, le "Saumon du doute" ("Fonds de Tiroir" en VF) pour pouvoir jeter un oeil dans les pensées de Douglas.... Il pouvait aussi consulter les archives de Douglas, récupérées dans son disque dur, que j'avais mis à sa disposition. Karey a aussi pu travailler sur des fragments de scènes, des notes sur des personnages, des textes sur plusieurs années. Karey a fait un ou deux choix structurels qui ont écarté une bonne partie de ce que les fans attendent, mais qui ont permis d'apporter une solution à des problèmes qui avaient entachés tous les scripts que j'ai pu lire. Quand l'agent de Nick et Garth leur a dit qu'un scénario pour H2G2 était arrivé en provenance de Los Angeles, ils étaient très sceptiques. Mais quand ils l'ont eu entre les mains, ils ont été agréablement surpris par le superbe travail effectué par Karey afin de laisser respirer le génie de Douglas.

NB : Pensez-vous que H2G2 n'étant pas Star Wars, il n'a pas besoin de 80 millions de dollars? N'avez-vous pas peur que le film fasse un peu cheap à cause d'un budget trop restreint? C'était déjà une critique que les fans avaient adressé à la série télé de la BBC.

RS : Non. Le budget est très bien. Et je peux vous assurer que le film ne ressemblera en rien à la version télé. Garth et Nick sont visuellement très créatifs, et ils ont conçu un "look" très fort pour le film, qui reste très proche du matériel d'origine. Je pense vraiement que si le film n'était qu'un déluge d'effets spéciaux, nous le déservirions, et nous perdirions de l'inventivité et un certain caractère rugueux qui est au coeur de H2G2.

NB : Après avoir travaillé sur le projet avec la casquette de réalisateur, Jay Roach a décidé de rendre son tablier et de ne conserver qu'une casquette de producteur. Des rumeurs ont prétendu qu'il était parti à cause d'un désaccord avec Disney sur le budget...

RS : Non, je crois qu'il pensait honnêtement qu'il n'était pas finalement la personne qui fallait pour porter le projet jusqu'au bout.

NB : Pensez-vous que Jay et Spyglass ont sauvé le projet ?

RS : Oui. Roger Birnbaum, Gary Barber, John Glickman et Derek Evans ont été de grands supporters du projet pendant toutes ces années, et quand tout failli retomber, Spyglass a mis la main à la poche pour faire monter Karey à bord. S'ils n'avaient pas été là, il n'y aurait pas eu de film aujourd'hui - ça ne fait aucun doute.

NB : Comment le choix s'est-il finalement porté sur le réalisateur Garth Jennings et le producteur Nick Goldsmith (Hammer & Tongs), jusque là seulement connus pour leurs clips et pubs? Leur nom a été suggéré par Spike Jonz (Dans la peau de John Malkovitch) que vous aviez approché en premier?

RS : Spike nous a recommandé Garth et Nick. On m'a demandé de les rencontré ici à Londres. Spike était une idée de Jay, moi-même et John Glickman ) - les grands esprits se rencontrent! Aussitôt que j'ai rencontré Garth et Nick, j'étais sur un nuage - en plus leurs bureaux étaient remplis de macs. Je savais que Douglas se serait senti chez lui. Ce sont des gens très créatifs. Quelques réunions téléphoniques et visites à LA plus tard, il devient rapidement clair que c'était l'équipe qu'il nous fallait pour porter le projet..

NB : D'après les rumeurs, Nick et Garth ont su se montrer très persuasifs. Sont-ils arrivés avec une idée précise de ce qu'ils voulaient?

RS : Ils se sont en effet montrés très persuasifs. Je pense qu'ils ont apporté une véritable sensiblité pour le matériau d'origine, et un sens visuel très fort de ce que le film pourrait devenir. J'étais ébahi, lors des réunions pour paufiner le scénario, de la faculté de Garth à résoudre un problème avec une idée visuelle. Je ne vais pas vous dire à quoi ils ressemblent, mais l'idée de base pour le design des Vogons est vraiment très intelligent et constitue un vrai bond créatif. Dès que j'ai vu certains des premiers dessins conceptuels, j'ai su que le film était dans de bonnes mains. Ils ont ce moteur créatif et l'énergie nécessaire pour porter le projet.

NB : Il est amusant de penser qu'après tant de fameux réalisateurs se soient approchés du projet (Ivan Reitman, James Cameron, Jay Roach), ce sont finalement des inconnus qui feront le film. Néanmoins il faut dire que les fans ont été vraiment surpris et plutôt heureux d'apprendre que ces anglais feront le film. En fait de nombreux fans ont peur de ce monstre hollywoodien. N'était-ce pas égalment le problème avec Douglas? Une fascination mélée d'appréhension?

RS : Je pense que cette observation est très perspicace!

NB : Décider du casting pour le film risque d'être un point difficile. Si le budget est un peu limité, cela veut dire qu'il n'y aura pas de stars. D'un autre point de vue, H2G2 a-t-il vraiment besoin d'une star? Certains fans ont réagi très négativement quand le nom de Jim Carrey a été prononcé.

RS : Je suis convaincu qu'il y aura beaucoup de rumeurs sur le casting. Encore une fois, c'est un domaine où Nick et Garth ont d'excellentes idées, et pour l'instant je n'en dirai pas plus.